Extraits Registre Consistoire : 1546 et 1547, affaires Ameaux et Perrin

EXTRAITS DES REGISTRES DU CONSISTOIRE : LE CONTRÔLE D’UNE SOCIETE

 Extrait des affaires Ameaux et Perrin, selon les sources directes
 
 
Registre du Consistoire, 4 mars 1546
Pierre Ameaux[1].
A proposer Monsieur Calvin touchant Pierre Ameaux, que la fame est commune par la ville que led. Ameaux a heu ditz que led. Sr Calvin a prescher fause doctrine par si-devant, comme la chose est notoire que led. Ameaux a ditz telle choses, se playgnant fort, et qu'il[2] demande l'advis et vouldroyt entre à cent lieux d'ici, se offrant s'il neamoing [sic] à la ville. Que Messieurs l'ont ouy et que le nom de Dieu en est blasmé. Que entre les Srs ministres, ont tenust leur proupost d'en avertir en Consistoyre et aultres bon advertissement. Que la chose ne luy ast pas esté à notisse de personne de la ville, et a prier le Consistoyre de desliberer et regarder de ce qu'il seroyt bon d'en faire, et qu'il se retireront sependant que led. Consistoyre en adviseront. Il se sont retirer.
L'advis: qu'il seroyt bon que tout le Consistoyre se conparust demain avecq les Srs Calvin et ministres et que l'on suspende le Conseil des Deux Cent soyt suspendi [sic] jusques à ung aultre jour. Sependant le Sr Calvin desclayrerat ses dolentes que sont grosses, et que tout le Consistoyre veult participer en ses dolences[3].
Note de bas de page 3 :
3 C'est à juste titre que NAPHY, p. 94, dit que le conflit qui s'annonce ici entre Calvin et Pierre Ameaux était «la première cause célèbre de 1546». Le 26 janvier, Ameaux avait médit de Calvin lors d'un souper. Comme on lit dans la sentence rendue contre lui le 8 avril, il était accusé d'avoir dit:
«que Maistre Jehan Calvin, ministre de l'Eglize de Geneve, avoir annoncé faulse doctrine en lad. ville par l'espace de sept ans et 'voit empesché que les enfans d'icelle ville ne feussent instruictz en langue latine, affin que sa faulse doctrine ne feust descouverte. «Qu'il n'estoit que ung Picard meschant. «Que Messeigneurs de lad. ville ne faisoient rien en leur Conseil sans le vouloir dud. Seigneur Calvin, et l'on verrou que les Françoys gouverneront lad. ville. Et plusieurs aultres propos semblables.» (P.C., 2ème série, n. 684, cité aussi dans NAPHY, p. 95, et avec une orthographe modernisée dans GALIFFE, Ameaux, p. 60).
 
Sur les témoignages reçus le 27 janvier, le Conseil ordonna l'emprisonnement d'Ameaux (R.C. 40, f 359).
Le 2 mars 1546, le Conseil des Deux Cents décida de gracier Ameaux sous condition de demander pardon à Calvin devant le Grand Conseil (c'est-à-dire les Deux Cents). C'est sans doute cette décision avec sa ratification en Petit Conseil le matin du 4 mars qui occasionna la présente délibération. A la suite de cette séance, Calvin se précipita en Conseil et affirma qu'il ne participerait jamais à une cérémonie de réconciliation devant le Grand Conseil seul, disant qu'il ne remonterait pas en chaire jusqu'à ce qu'il lui soit fait justice patente (publique). Il bloqua ainsi la grâce accordée à Ameaux par les Deux Cents. Le lendemain (5 mars), Calvin et les autres pasteurs se présentèrent devant le Conseil et renouvelèrent la demande de Calvin. Le 6 mars, Calvin et ses collègues réussirent à convaincre les Deux Cents de révoquer la grâce offerte à Ameaux [R.C. 41, f 33v-34, 35-36, 37-40 (2-6 mars 1546)]. Le Conseil appela tous les pasteurs et anciens du Consistoire pour savoir si Calvin avait prêché fausse doctrine depuis sept ans. Ils répondirent, naturellement, par la négative [R.C. 41, f 52v-53 (16-17 mars 1546)]. Enfin, Ameaux dut subir la cérémonie d'humiliation publique demandée par Calvin. Le 8 avril 1546, on exécuta la sentence passée le même jour qu'Arceaux «soyt condampné à debvoyer fere le tour à la ville en chemise, teste nue, une torche allumee en sa m'en, et dempuys devant le tribunal venyr crié mercy à Dieu et à la justice, les geneulx à terre, confessant 'voyer niai parlé, le condampnant ausy à tous despens, et que la sentence soyt proféré publiquement» [R.C. 41, f 68 (8 avril 1546), cité aussi dans GALIFFE, Ameaux, p. 60 (orthographe modernisée)].
 
Cette humiliation laissa un goût amer dans la bouche d'Ameaux qui ne pardonna jamais à Calvin. L'affaire eut d'autres conséquences plus graves. Le pasteur de Jussy, Henri de La Mare, ayant pris le parti d'Ameaux, le Conseil ordonna son emprisonnement le 16 mars, réitérant l'ordre le lendemain et de nouveau le 19 mars (R.C. 41, f.52v-53,55). Il fut mis en prison avant le 23 mars (R.C. 41, f 57). Un mois plus tard, il fut démis de son poste et dut quitter Genève pour devenir pasteur à Gex [R.C. 41, f. 73v (15 avril 1546); voir aussi C.O. 12, col. 335-36, reproduit comme notre pièce annexe 11. Enfin, les Genevois, surtout les Enfants de Genève et les habitants de Saint-Gervais, le quartier d'Ameaux, furent choqués de voir un citoyen obligé de subir une telle humiliation. La condamnation d'Ameaux suscita de telles mouvements à Saint-Gervais que la Seigneurie érigea un gibet dans le quartier à titre d'avertissement (NAPHY, p. 95-96; ROSET, p. 315). Cet épisode contribua, entre autres, à élargir le fossé entre Calvin et ses anciens alliés qui passaient de plus en plus à l'opposition.
Les raisons de cette attaque dirigée contre Calvin par Ameaux restent obscures. Ameaux avait demandé un divorce en décembre 1543, lequel lui fut enfin accordé. NAPHY, p. 94-95, pense que le procès de divorce avait suscité l'antipathie qu'Ameaux portait à Calvin. En revanche, K[NGDON, Adultery, p. 33, prétend qu'Ameaux n'avait aucune raison de se plaindre de Calvin qui voulait lui accorder le divorce. En effet, le Consistoire avait, dans un premier temps soutenu la demande d'Ameaux, puis le Consistoire et Calvin avaient admonesté Ameaux de reprendre sa femme à la suite de ses repentirs [R.Consist. 1, p. 290-91 et 304-5 (20 décembre 1543 et 17 janvier 1544)]. Pourtant, comme KINGDON, Adultery, p. 49, le souligne, Calvin soutint de nouveau la demande d'Ameaux pour un divorce durant le second procès de sa femme (avril 1544), et à nouveau le Conseil refusa de le lui accorder. Malgré l'avis du Consistoire et celui de Calvin, ce ne fut que pendant son troisième procès (décembre 1544 à janvier 1545) que Benoîte Ameaux avoua avoir commis l'adultère avec plusieurs hommes et, le 2 juin 1545, le Conseil accorda au mari le droit de se remarier (KINGDON, Adultery, p. 49-63).
Il est possible qu'Ameaux blâma Calvin de ne pas avoir été plus constant dans son appui, mais cela n'est qu'une hypothèse. Il est certain que, malgré quelques différences, Ameaux se rangeait du côté des «Enfants de Genève», comme les Favre et les Berthelier, et qu'il appréciait peu l'influence croissante des Français à Genève. En outre, peu avant le souper où Ameaux médit de Calvin, Jean Troillet retira sa demande d'être engagé comme pasteur. Le Conseil avait soutenu cette demande, mais Calvin refusait absolument d'admettre Troillet au sein de la Compagnie des Pasteurs. C'est peut-être cet incident qui poussa Ameaux à accuser le Conseil d'être incapable d'agir sans l'accord de Calvin et d'être dominé par les Français.
Sur le procès et la disgrâce d'Ameaux et de La Mare, voir surtout GALIFFE, Ameaux; ainsi que ROGET 11, p. 207-23; NAPHY, p. 67 et 94-96; KINGDON, Adultery, p. 63-67.
[II, 37v]
Gaspard Favre[4].
Auquel furent faictes remontrances et interroguer premierement pourquoy il est venust ici. Ditz qu'il ne sçayt, sinon par le commandement de Messieurs. Interroguer s'il ne sçayt pas pourquoy y a esté en prison, ditz que ne sçayt. L'on luy a faict bonne remontrance. Alors a ditz que c'estoyt pour deshobeysance. Interroguer s'il n'ast pas heu ditz sus les chanps quant il seroyt sindicq, qu'il mettroyt les bourdeaux en la ville, l'a nyé[5]. Monsieur le Sindicque a prier Monsieur Calvin de luy remontrer. Alors led. Gaspard a ditz qu'il ne respondroyt que à Monsieur le Sindicque et non à aultre. Monsieur Calvin luy a demander pourquoy il ne veult respondre ex ministres. Ditz qu'il doyt seulement respondre à Monsieur le Sindicque et ex Srs que sont bourgeois et citoyens et de la ville, aussi du Conseil[6]. Et ditz qu'il ne cognoyt point les ministres. (…)
 
Registre du Consistoire, 3 février 1547
 
Martin Du Mollars, patissier .
Auquel furent faictes remontrances d'ung enfant qu'il a eu porter à bastemes et allors furent tenu les propos que se le ministre ne l'eusse vollu batizer au nom de Martin, qu'il y eusse eu des coupt. Nye l'avoir dictz, ne l'avoyt ouy dire. Luy ont esté faictes remontrances que s'il se trouvoit du contraire, il en seroyt puny.
Advis: qu'il en soyent faictes remontrances et de frequenter les sermons.[7]
Le Seigneur Fra[n]çoys Favre[8].
Auquel futz interroguer pourquoy il est remis ici. Respond que Monsieur le sindicque le sçayt bien[9] et qu'il est escript. Il a confessé, aussi le confesse et ne veult dire austre sinon ainsi qu'il est escript. Maistre Abel luy a faiet les remontrances et qu'il pence estre devant Dieu[10] pour recepvoir les admonitions à son prouffi et que s'il ne veult confessé, l'on ne sçayt[11] en quoy luy faire les remontrances[12]. Toutesfois qu'il y a beaucoupt de choses pourquoy il est esté ici accusés. Lequel ne veult respondre, faignant ne voulloir respondre sinon au Sr sindicque, disant qu'il n'a riens à respondre ny à faire ex ministres et ne fera riens pour eulx, et ne les cognoyt point, assavoir pour les ministres, avecq parrolles fierres. Et qu'il sont venu de France[13], qu'il luy se retireratz bien et y yrayt se l'on ne le veult laissé ici et que luy-mesme y ira bien. Interroguer s'il n'a pas esté en prison pour la pallardise, respond qu'il est possible et que l'on le veult ici gennés.
Advis: que Messieurs soyent adverti de ladite rebellion le plustout que se pourra faire et avant qu'i soyt tenu l'austre Consistoire et y aller tout le Consistoire et desclairé des austres fois qu'il a eu dictz que le Consistoire ne estoit que une novelle juridition pour gennés les gens[14].
Austre advis: pour sçavoir se l'on le doibtz rapeller, pourte que non et que se seroyt plus grand scandalle et qu'i se retire sans venir ici et soyt remis par devant Messieurs à lundi que vient en quinze jour, que le Conseil sera arester[15]. (…)
 
 


[1] il s'agit ici d'une délibération du Consistoire à huis-clos en l'absence de Pierre Ameaux, conseiller, qui avait médit de Calvin le 26 janvier 1546 (sur cette affaire et ses conséquences, voir la note à la fin de la présente délibération). Ameaux avait été conseiller pendant les années-clés de 1535 et 1536. Il avait certainement soutenu la Réforme depuis 1535 au plus tard et il semble avoir soutenu Calvin et Farel lors de leur exil et au moment du rappel de Calvin en 1540. Il appartenait cependant au parti des vieux Genevois. Ameaux rentra au Petit Conseil en 1545 et il était encore conseiller au moment où éclata la présente affaire (KINGDON, Adultery, p. 31-32; NAPHY, p. 39).
 
[2] C'est-à-dire Calvin et non pas Ameaux.
 
[3] Cf dans le corpus du texte pour une meilleure lecture
 
[4] Gaspard Favre ayant été appelé plusieurs fois en Consistoire en vain, l'officier du Consistoire fut prié d'aller le prendre [voir ci-dessus aux f. 33v et 34 (18 et 25 février 1545)]. Le premier mars, le Conseil ordonna aux officiers de la ville d'arrêter Favre si l'on pouvait le trouver. Il fut enfin arrêté et le Conseil le libéra le 4 mars sous condition de se présenter le jour même au Consistoire [R.C. 41, E 33 et 36 (1er et 4 mars 1546); voir aussi FAVRE, Gaspard Favre, p. 14-15/220-22 1 ].
 
[5] Le 7 mars 1536, le Conseil avait expulsé les prostituées de la ville sous peine de fouet (NAEF, Origines 1, p. 230). C'est ici l'accusation qui choqua le plus le chroniqueur ROSET, qui écrivit, p. 317, que Favre fut «rebelle au Consistoire [et ... ] dist en blasphémant que ung jour qu'il seroit sindicque, il remettroit le bordeau es quatre coings de la ville». Cette accusation n'était probablement qu'une rumeur, mais elle aurait pu être occasionnée par des discussions lors de l'expulsion de deux prostituées fribourgeoises quelques mois auparavant. On lit dans le procès-verbal du Conseil du 21 décembre 1545 (R.C. 40, f 332): «Deux pubiens de Fribourg. Lesquelles hier à soyer venue logé chieuz Pierre Des Vignes et, pource que plussieurs joiennes gens n'allissent palliarder avecque elles, ordonne qu'i soyent bampnies de Geneve et toute à ceste heure doybgent vuyder la ville».
 
[6] A l'instar de son père, Favre notait qu'en traînant les Genevois devant des pasteurs étrangers, le Consistoire contrevenait aux Franchises genevoises qui garantissaient aux bourgeois de Genève le droit d'être (…)
[7] Sur la controverse autour des noms de baptême, voir R.Consist. H, p. 280, n. 999.
 
[8] On reprend ici l'affaire de François Favre. Favre, qui s'était retiré à Ruth pour éviter la prison pour paillardise, cherchait depuis quelques mois un sauf-conduit pour venir à Genève. Le 2 juillet 1546, ses gendres Ami Perrin et Pierre Tissot, tous deux conseillers et anciens syndics, prièrent le Conseil de «permestre venyr ledict Favre en sa mayson sans le inquieter par prison» . Le premier juillet, le Conseil avait déjà ordonné que personne ne soit incarcéré pour dette pendant quatre jours à l'occasion de la représentation des Actes des Apôtres, jouée sur la place de Rive le 4 juillet. Favre bénéficia ainsi de ce sauf-conduit, mais le Conseil dit à ses gendres que, le terme passé, Favre serait mis en prison si on le trouvait à Genève (FAZY, «Procès et démêlés», p. 55; ROGET III, p. 242). Le 27 juillet, le Conseil ordonna que Favre soit constitué prisonnier, mais il semble qu'il se soit de nouveau retiré de Genève. Etant «detenuz malade» à Ruth, il demanda permission le 9 septembre de rentrer à Genève pour sa convalescence, chose qui lui fut accordée, mais toujours sous condition qu'il aille en prison après son rétablissement. Le 15 novembre et de nouveau le 16, on réitéra que Favre devait rentrer à Genève pour être incarcéré et ensuite vivre ensemble avec sa femme. Le Conseil décida aussi d'écrire au Consistoire de Morges, sa femme s'y étant retirée. Enfin, le 24 janvier 1547, son gendre Pierre Tissot essaya une dernière fois d'obtenir un sauf-conduit pour son beau-père, mais sans succès (FAZY, ibid., p. 56).
Dès le 27 janvier, François Favre se trouvait détenu à Genève et le 28 janvier, il était «reduyct en pain et eaux». Le 31 janvier, on lit en Conseil en la présence de Favre une lettre du Consistoire de Morges «priant volloyer induyre le Sgr Fran. Favre à retiré sa femme et la maientenyr et son bien ausy, ansin que ung mary doybd fere». Favre répondit qu'il était content de reprendre sa femme, et le Conseil le libéra, le condamnant à payer une amende de cinq florins et à crier merci à Dieu et à la justice. Il fut alors renvoyé au Consistoire (FAZY, ibid., p. 55-57; voir aussi ses réponses du 26 et du 28 janvier, ibid., p. 38-40).
[9] Rappelons que le syndic posait les questions au Consistoire, etc' est pourquoi Favre répondit que le syndic connaissait bien les faits de la cause.
 
[10] Ms.: devant de Dieu, le scribe commençant peut-être à redoubler le devant avant de voir son erreur.
[11] Marge: pour lequelle sçay.
 
[12] Calvin étant absent, Poupin fit ici les célèbres remontrances où il appela Favre chien et dont les enfants de Favre se plaignirent ci-dessous aux p. * 27-28 (3 mars 1547). D'autres parents de Favre (dont les noms ne sont pas indiqués) se présentèrent en Conseil le 21 mars «ce lamentant toutjour de ce que aut Consistoyre luy fust appellé chien». Le Conseil réprimanda alors Poupin, l'admonestant «qu'i n'aye à user ainsin qu'i use contre cieulx que sont appellés aut Consistoyre, ny ausy en sa predication n'aye à medire des princeps». Favre lui-même, quand quelqu'un le saluait, répondit «pourquoy salue-tu un chien?» (FAZY, «Procès et démêlés», p. 58-59 et p. 44; voir aussi ibid., p. 48). Seul BONIVARD, Police, p. 70, qui n'était pas, bien sûr, témoin aux faits, tenta de reproduire l'échange verbal entre Favre et Poupin. Selon le chroniqueur, quand l'on demanda à Favre s'il n'avait pas péché, «il respondit que ouy, mais de péché de cul. Lors l'un des ministres luy dict: 'Vous vous monstrés icy impudent comme un chien!' Surquoy il print ocasion de se plaindre, & alloit tout partout grinçant les dents comme un chien, & disoit: « Je suis un chien.»
 
[13] Comme beaucoup de Genevois, Favre se méfiait des réfugiés français et cette affaire nourrit sa haine. Vers le 6 juin 1547, les arquebusiers élurent Favre capitaine de leur compagnie, mais il refusa la charge, avouant dans ses réponses du 23 septembre avoir «dict bien que il ne accepteroit estre capitayne si avait aulcons Françoys et que il ne vouloir que de bons Geneveyssans». Dans ses réponses du 27 septembre, il avoua «qui vouldroyt que les Françoyes fussent en France et qu'i nous layssassent en repos» (FAZY, «Procès et démêlés», p. 60-61, 42 et 46).
 
[14] Favre avait dit que «ce Consistoyre est une culte juridition dessus la justice de Geneve» [R.Consist. II, p. 147 (25 février 1546); voir aussi ibid., p. XII-XIII].
 
[15] Le Consistoire ne remit pas la cause au Conseil pour le lundi suivant, comme d'habitude, du fait des élections annuelles qui eurent lieu la semaine suivante. Les élections passées, le 17 février, on décida exceptionnellement que le Consistoire entier irait devant le Conseil (ci-dessus, p. * 23). Les pasteurs et anciens du Consistoire se présentèrent en Conseil le 21 février et se plaignirent des «grands propos» énoncés par Favre en Consistoire. Le Conseil résolut de faire de «grandes remonstrances» à Favre, mais aussi de demander que les pasteurs «usent plus gracieusement sus les admonicions». Le lendemain, Favre «c'est aoffert d'entre obayssans à la Seigneurie et à ces officiers, mes il ne veult rien obayr aux ministres et a demandé congé de ce retiré hors de Geneve, requerant luy permestre d'aller et venyr en Geneve comment estrangiers». Le Conseil renvoya Favre au Consistoire pour le jeudi suivant sous peine de prison, mais Favre ne s'y présenta pas (FAZY, «Procès et démêlés», p. 57).