Je proteste : les projets artistiques

"A quoi aspirons-nous au moyen de l'art? A ajouter quelque chose à la vérité? Nous l'avons dit, on n'ajoute rien à la vérité. Tout ce qu'on peut faire, c'est d'enlever les uns après les autres les voiles qui la dérobent aux regards de l'homme."

 Alexandre Vinet , professeur de français, puis de théologie, Homilétique ou théorie de la prédication, Paris 1883, p.25.

 

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La chanson de Nejda "Je proteste"

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Communiqué de Presse Sortie de la chanson "Je proteste" de Nejda le 27 octobre 2009

LE PETIT MOT DE NEJDA

Que signifie être genevois, au 21ème siècle ? Que signifie être citoyen au 21ème siècle ? Que signifie être artiste au 21ème siècle

Ce sont les questions que j’ai en tête, alors que je dévale les escaliers de la Bibliothèque de Genève, les bras chargés de lourds livres reliés de rouge. Depuis quelques mois, ces interrogations tournent dans ma tête, comme les pages des recueils qui s’accumulent sur la table de mon salon.

Pourquoi cette longue quête ? Pourquoi cette lecture ininterrompue et fiévreuse ? Moi qui n’aime rien moins que les discussions théologiques, je lis Calvin, jour après jour, je l’écoute m’expliquer pourquoi les hommes sont des vers de terre. Au cœur d’une controverse entre les écrits d’un historien qui dit que et celui qui dit que non pas du tout et un troisième qui explique que oui, mais de toutes façons, en fonction du contexte, on peut dire que et en même temps pas du tout, combien de fois ai-je eu envie de tout envoyer balader ?

Et pourtant, je continue. Malgré le printemps qui commence, malgré le vent doux qui a fait sortir les étudiants sur les pelouses du Parc des Bastions. Les livres calés au mieux au creux des bras, je profite du soleil qui inonde et me dirige vers le Mur des Réformateurs, adossé aux remparts. Enfant, je n’aimais pas ce mur. Les statues me faisaient peur. Aujourd’hui, je ne l’aime toujours pas, mais ce qui m’étonne à chaque fois que je passe devant, c’est de trouver les statues moins grandes que dans mon souvenir. Elles ne sont plus aussi écrasantes. Je les trouve même un peu ridicules les quatre bonshommes de pierre épinglés contre le mur et chapeautés de barbelés. Est-ce qu’il y a beaucoup de statues sur la terre que l’on soit obligé de protéger avec des grillages et des barbelés ? Nos grands hommes sont si démunis que l’on doit veiller à la sécurité de leurs effigies… Oui, ce mur est ridicule, avec ses inscriptions en néerlandais introduites dans l'espoir d’obtenir un peu d’argent hollandais pour payer sa construction. Ils n’ont pas marché : ils sont bien ces hollandais.

Je m’approche en zigzaguant parmi un groupe de touristes qui mitraillent à l’appareil photo les Réformateurs. Je lève la tête vers le « père de ma cité » et je souris. J’ai compris. J’ai compris pourquoi je suis là, pourquoi je pense et j’agis. La statue me regarde elle aussi, sous son fard. Car la statue a rougi. Comme moi, depuis que j’entends ce que l’on me donne à entendre, depuis que je subis les arguments publicitaires d’une église qui veut vendre du chocolat à la gloire de la théologie calviniste. Oui, j’ai eu honte de savoir que l’on se fichait de moi à ce point-là, que l’on se fichait des faits historiques et qu’il était possible au 21ème siècle, à Genève, de fêter un fanatique religieux et de réécrire l’histoire, tout en pensant que les habitants de cette ville seraient assez passifs pour laisser faire sans rien dire. J’ai eu honte d’être prise pour un mouton. Un employé de la Ville de Genève viendra discrètement nettoyer la statue de Calvin sur laquelle un facétieux a versé un peu de peinture rose à travers les barbelés, mais il en faudra plus pour enlever le rouge de mes joues.

Un genevois du 21ème siècle est un individu libre et pensant. Un citoyen du 21ème siècle est un héritier de tous ceux qui avant lui et pour lui se sont battus pour les libertés dont il jouit aujourd’hui. Un artiste du 21ème siècle est une personne qui a le droit et le devoir d’exprimer ce que son époque lui inspire.

Ces réponses ne sont pas des vérités. Elles ne sont que ce que je pense et elles sont la raison d’être du projet citoyen Castellion 2015 et du projet artistique Je proteste.

Nejda, Genève, mai 2009

Commentaires

Bonjour à tous et merci pour vos commentaires enthousiastes, ça me touche beaucoup !

Pour me retrouver en musique, vous pouvez aller sur

http://www.myspace.com/nejdaband et sur http://www.mx3.ch/artist/nejda

Nejda

Madame,

Je suis subjugué par votre talent et votre interprétation.
Les paroles sont tellement profondes que j'ai eu l'impression d'être à six milles lieues sous la mer.

Non, honnêtement, en plus d'être super canon, votre esprit créatif me laisse sans voix.
J'aimerai tellement vous rencontrez et pourquoi pas, protester ensemble...

En attendant, je me remets votre clip, qui entre nous, passe en boucle sur ma chaîne stéréo depuis hier soir,
les voisins d'ailleurs, protestent!

Je vous aime Nedja!

: )

Bravo Nejda, mille fois merci pour cette chanson magnifiquement bien construite et aussi très bien chantée.
Personnellement je suis étrangère, mais je recommande à toutes et à tous les genevois et Suisses de regarder ce clip et de bien écouter les paroles et aussi d'aller lire les propos que Calvin tenait à propos de tout et de rien, la musique, les femmes, l'adultère, la danse, les opinions divergentes des siennes, les êtres humains en général.
WOW !! ça fait plutôt peur.

Difficile de ne pas se sentir en parfaite harmonie avec ces paroles quand on est animateur de l'Association Théolib, laquelle a choisi de saluer l'"année Calvin" par deux événements :
- la réédition du très remarquable livre de Giran sur Castellion
- une conférence qui dut autant faire plaisir que calvinistes que la chanson de Nedja : "Quand Calvin devint calviniste ou comment naissent les totalitarismes".
Toujours content de découvrir des proches...
Merci !