Les victimes de l'intolérance religieuse

Les victimes de l’intolérance religieuse

durant le règne spirituel de Calvin
 
 
Jean SCHORER, Pasteur à la Cathédrale de Saint-Pierre à Genève, « Jean Calvin et sa dictature », Grivet, Genève, 1948, p.121 et ss.
 
C’est, en effet, un bien long martyrologue que celui de la libre pensée sous la domination du réformateur de Genève ; mais il est en général bien peu connu, soit que l’on se soit plu à laisser dans l’ombre tout ce côté de l’histoire de Calvin, soit que les flammes du bûcher de Servet aient éclipsé toutes les autres persécutions. (…)Comme le lecteur ne sera peut-être pas fâché de trouver ici l’énumération de ces victimes, voici (…) les noms qu’il faut joindre à ceux de Jérôme Bolsec. (Emprisonné, puis banni de Genève pour avoir remis en cause la doctrine de la prédestination de Calvin. Installé à Thonon, Calvin intervint auprès de Berne pour qu’il en soit chassé. Installé à Lausanne, il en fut chassé à l’instigation de Théodore de Bèze.) nds, de Michel Servet. (Brûlé vif sur le bûcher à Champel, pour hérésie) nds, de Sébastien Castellion et des ministres Henri de la Mare, alors doyen des pasteurs genevois, (Cassé de sa place de ministre et emprisonné 3 jours pour avoir blâmé M. Calvin.) nds, Aymé Mégret, Aymé Champereau, Ministre Claude Veyron, Ministre Matthieu Essautier.
 
  1. Jean-Valentin Gentilis, de Cosenza. Condamné à périr par le feu pour avoir exprimé des opinions différentes de celles de Calvin sur le dogme de la Trinité, opinions qu’il avait d’ailleurs rétractées en face du danger ; il ne fut pas mis à mort à cause de l’indignation générale qu’avait soulevée cette sentence, mais il fut soumis à faire pénitence par les rues de la ville, en chemise, torche au poing, nu-pieds,etc. (1558)
 
  1. Jean-Paul Alciat, de Savigliano, réfugié à Genève pour cause de religion et reçu bourgeois de cette ville en 1555. Il eût subit le sort de Gentilis ou celui de Servet s’il ne fut parvenu à se soustraire à un mandat d’arrêt lancé contre lui à cause de son opinion sur la Trinité. Comme on cherchait insidieusement à le faire revenir, il déclara sagement qu’il ne remettrait pas les pieds à Genève du vivant de Calvin, mais celui-ci n’en obtint pas moins contre lui une sentence de cassation de bourgeoisie et de bannissement perpétuel sous peine de mort (1559).
 
  1. Georges de Blandrate, de Saluces, médecin célèbre et auteur de plusieurs traités théologiques. Réfugié à Genève pour cause de religion et admis à la bourgeoisie de cette ville en 1557, il dut s’enfuir pour échapper aux effets de la colère du réformateur, auquel il avait eu la candeur de communiquer ses idées touchant la Trinité. Il devait être arrêté pendant une leçon de Calvin, bien qu’on l’eût assuré qu’il ne risquait rien.
 
  1. Matthieu Gribaldo, jurisconsulte, ayant pris le parti de Servet et défendu la cause de la tolérance, avait proposé à Calvin une discussion pacifique sur les points en litige ; mais, sur la réponse qu’il en reçut, il ne jugea pas prudent d’engager cette discussion. Cité ensuite pour rendre compte de sa foi, il reçut l’ordre de vider la ville. Théodore de Bèze, ajoute Galiffe, affirme charitablement que la peste, qui l’emporta en 1564, ne fit que prlvenir le dernier supplice qui ne pouvait lui manquer.
 
D’autre savants italiens furent enveloppés dans les persécutions dirigées contre les précédents :
 
  1. Hyppolyte de Carignan
 
  1. Nicolas Galle
 
  1. Baptise Gustiniani
 
  1. Fauste Zucchi
 
  1. Silvestre Telio, de Foligno, reçu bourgeois de Genève en 1555, partagea la sentence d’Alciat.
 
  1. Guillaume Du Bois, emprisonné à plusieurs reprises, mis aux fers, puis condamné à l’amende honorable en chemise, nu-pieds, torche au poing et au bannissement (1546 à 1547) pour avoir dit que Calvin avait rétracté un de ses écrits.
 
  1. Thiévent Bellot, condamné à la gêne, puis torturé et banni sous peine du fouet (1545) pour avoir refusé de prêter serment en justice, comme chose défendue de Dieu.
 
  1. Guillaume Guainier, de Paris, banni sous peine du fouet (1551), après une discussion dogmatique avec Calvin.
 
  1. François Leteinturier, frappé de la même peine (1552), pour avoir soutenu, dans une conversation privée, les opinions de Bolsec sur la prédestination.
 
  1. Mathieu Antoine, condamné à crier merci et banni à perpétuité sous peine du fouet (1556), pour avoir dit qu’il ne fallait pas brûler les hérétiques.
 
  1. Toussaint Mesquin, de Dompierre, condamné à crier merci à genoux, à porter la torche par la ville, tête découverte, pieds-nus et en chemise, puis banni à perpétuité sous peine d’être pendu, pour avoir attaqué la prédestination calviniste.
 
  1. Antoine D’Arguillières, ancien moine jacobin, prédicateur protestant, torturé à plusieurs reprises, puis décapité, sa tête clouée au gibet (1561 à 1562), pour avoir pris en chaire, huit ans auparavant, à Pont-de-Veyle, en Bresse, le parti de Servet contre Calvin.
 
  1. Antoine Narbert, imprimeur du Dauphiné, condamné à avoir la langue percée avec un fert chaud, au Molard, puis banni à perpétuité sous peine d’être décapité, pour avoir lancé dans un état d’ivresse, des invectives contre Calvin et les ministres.
 
  1. Denis Billonnet, de Boussac, en Berry, correcteur d’imprimerie, reçu habitant de Genève en 1563, est condamné cette même année à être fouetté jusqu’au sang par les carrefours de la ville et autour d’icelle, puis marqué au front d’un fer chaud et banni à perpétuité sous peine de la vie, pour avoir « mal parlé et mal senti de la sainte prédestination de Dieu. »

 

Joignez à cette liste déjà si nombreuse, quoi que bien incomplète encore, Jacques Gruet, dont le grand crime aux yeux de Calvin était d’avoir écrit sur un exemplaire de son livre contre les anabaptistes : « Toutes Folies ». Accusé d’hérésie, il fut mis à la torture et décapité. On avait voulu le forcer à dénoncer François Favre, que Calvin voulait faire périr ; mais aucun tourment ne put le faire parler : il demandait à grands cris qu’on lui donnât la mort. Ce fut la grâce qu’on lui fit, un mois plus tard.
(…) On ne saurait disconvenir, écrit le calviniste Gautier, que cet attachement à poursuivre sévèrement ceux qui donnaient la moindre atteinte à la réputation de Calvin, ou qui avaient des idées différentes des siennes, ne fût un défaut chez le réformateur.»