DéfensederoterBerthelier

On ne rote pas lorsque l'on croise Calvin...

Extrait de L'excommunication de Philibert Berthelier, histoire d'un conflit d'identité aux premiers temps de la Réforme genevoise, Christian Grosse, Société d'histoire et d'archéologie de Genève,  p.98-99.       

 

Le jeudi 17 novembre 1547, (…), Philibert Berthelier déambule dans la Maison de Ville où siège le Petit Conseil. Par hasard, il croise Calvin et, au même moment, rote bruyamment. Le Réformateur de Genève en est scandalisé.  Convaincu qu'il s'agit d'une provocation, il lui adresse sur-le-champ de sévères remontrances. Au dire de Philibert Berthelier pourtant, son rot n'était pas du tout prémédité, il n'était que la conséquence innocente d'un médicament qu'il avait absorbé : «L'autre jour, j'étais en la maison de la ville et avais pris une médecine et, en me promenant, il me vint l’envie de roter, ce que je fis, et que lors passait monsieur Calvin lequel pense, par fortune, que j'ai roté volontairement par derrière lui, ce que je n'ai fait, me soit Dieu en aide, car quant il vient ainsi, il faut péter et roter, comme le cause ladite médecine».
Ces justifications ne suffisent pas à le laver de tout soupçon. Le dimanche 20 novembre, le pasteur Abel Poupin porte l'affaire devant la communauté des fidèles, en parlant, durant son sermon, «de ceux qui toussent», évoquant probablement le mauvais exemple qu'ils donnent. Philibert Berthelier est piqué au vif par cette remontrance publique contre son comportement et, le jour même, sa colère éclate publiquement. Discutant devant Saint-Pierre avec Pierre Buttini, après le sermon du soir, il aurait soudain proclamé, à haute voix, ce défi: «Calvin ne veut pas que nous toussions, mais nous péterons et roterons !» .
Considérant qu'il y a acte de «méprisance et contemption» à l'égard de Calvin, la justice se saisit de l'affaire. Le 28 novembre, deux témoins, entendus par les officiers du Lieutenant de Justice, confirment les propos tenus par Philibert Berthelier devant Saint-Pierre. Interrogé, l'accusé nie avoir roté «en mépris dudit Sieur Calvin» et se défend «qu'il ne se saurait ni ne sait s’abstenir de tousser comme est en coustume et même il dit que si monsieur Calvin eut pris alors ce qu'il avait pris, il ne se fusse ainsi encore abstenu». Jean Flamand, barbier du Molard, confirme qu'il a bien ordonné à Philibert Berthelier de prendre «deux ou trois sirops chez Christoffle l'apothicaire».
L'affaire est finalement portée devant le Conseil, qui décide de rendre justice selon les informations prises par le Lieutenant.
  
 
Les citations sont toutes tirées de PC (Procès Criminel) n°449
Les citations du procès ont été transcrites en français moderne pour permettre une meilleure lecture. (notedusite)