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Pierre-Yves Ruff, animateur de l'association Théolib
 
  

Pasteur Norbert A. Martin : Texte d'une réponse envoyée au courrier des lecteurs du magazine Migros, après y avoir lu une interview de Mme Isabelle Graesslé, directrice du Musée de la Réforme à Genève s'exprimant à l'occasion du Jubilé Calvin 09.

Article « Des Genevois ont canardé Calvin », Migros magazine No 20, 11 mai 2009.

 
Avant de lire cette interview de Mme Graesslé, j'ignorais l'histoire des sorcières de Peney. J'en fus attristé mais pas étonné. Je savais seulement que Calvin — qui par ailleurs défendait les femmes battues — avait laissé sa propre belle-soeur être torturée afin de lui faire avouer qu'elle avait un amant; qu'il fit arrêter un homme juste à la fin d'un culte, Michel Servet; qu'il aurait bien fait brûler vif un ancien ami, Castellion, simplement parce que celui-ci prêchait la tolérance envers les « hérétiques », c'est-à-dire, littéralement, ceux qui pensent différemment. En plein XVIe siècle. Ce qui veut bien dire que le siècle ne fait pas tout.
 
Calvin était un esprit extrêmement brillant, mais cela ne l'a jamais empêché d'être tyrannique, ni de se considérer comme la norme en termes de vérité religieuse. Exactement ce qu'il reprochait à ses ennemis. Il a certes joué un rôle historique important — comment aurait-il peu en être autrement ? Difficile, pourtant, de discerner une attitude ou un témoignage chrétien dans son comportement. Dans sa fièvre de construire une société-église idéale, où l'on n'hésitait pas à fouiller la vie privée des gens, n'incitait-t-il pas à l'espionnage, à la délation — qui donc est le plus tordu ? Celui qui joue aux cartes, boit un verre de trop ou embrasse une belle dans l'ombre, ou le mouchard qui se régale de raconter quelque paillardise au Consistoire ?
 
Dire que le rapport à la vie et la mort n'était pas le même au XVIe siècle que de nos jours est pour moi une excuse. Cela sous-entend-il que la sensibilité des gens de cette époque était vraiment différente de la nôtre ? N'avaient-ils pas une sensibilité et un coeur pleinement humains, tout comme nous aujourd'hui ? Ou faudrait-il encore comprendre qu'une personne brûlée vive au XVIe siècle souffrait moins ou était moins terrorisée que ne le serait un individu de notre temps ? Oserions-nous relativiser ainsi des événements plus récents, tels que les horreurs de la seconde guerre mondiale, en prétextant que l'on ne peut « calquer » le XXe siècle sur le XXIe ? La cruauté a et est toujours de la cruauté, quel qu'en soit le siècle. Elle n'a pas d'âge. L'Occident a subi le joug d'un totalitarisme qui a duré des siècles. C'est une excuse pour personne, ni pour Calvin, ni pour tant d'autres qui lui ressemblent.
 
En revanche, il y a toujours eu des gens qui ont souffert de la tyrannie et de l'étroitesse d'esprit, et qui ont tenté de faire éclore la fleur fragile de la tolérance et de la liberté. Jésus était l'un d'eux. Quand il disait : « Heureux les doux, … Heureux ceux qui procurent la paix », on est au coeur de l'Evangile, mais assez loin de Calvin. Si l'on veut respecter Calvin, il me paraît important de ne pas chercher à cacher, ni surtout à excuser sa part d'ombre.
 
© Norbert A. Martin, 16 mai 2009
 
NoteduSite : En ce qui concerne la belle-soeur de Calvin, Anne Lefort, c'est lui-même, Jean Calvin, qui l'a accusée d'adultère devant le Consistoire. Anne Lefort fut arrêtée et soumise à la torture pour lui faire avouer son "crime". Elle résista à la torture et nia tout adultère. Antoine Calvin - le frère de Jean Calvin - fut obligé de reprendre la vie commune avec elle. Quelques années plus tard, Jean et Antoine Calvin accusent à nouveau Anne Lefort d'adultère devant le Consistoire. Elle est à nouveau arrêtée et à nouveau soumise à la torture. Encore une fois, elle y résiste et nie tout adultère. On la condamne toutefois, alors qu'il n'y a aucune preuve contre elle, ce qui permet à Antoine Calvin d'obtenir le divorce (accordé pour seule cause d'adultère), mais elle échappe à la peine de mort, puisque l'on n'a pas réussi à obtenir d'elle des aveux. Elle est bannie à vie de Genève et est expropriée de ses biens.
 
Sur ce sujet, lire KINGDON Robert, Adultery and Divorce in Calvin’s Geneva, Harvard University Press, London 1995.

 

Albert Schweitzer, cité sur http://prolib.net/pierre_bailleux

 
« À mon avis, il n'est d'autre destin pour l'humanité que celui qu'elle prépare elle-même par sa manière de penser. C'est la raison pour laquelle je ne crois pas qu'elle soit condamnée à suivre jusqu'au bout la voie de la décadence. » 

Roland H. BAINTON, extrait de Michel Servet, hérétique et martyr, 1553-1953, Droz, Genève, 1953

"L'histoire de Servet et de Calvin montre que notre représentation de l'idée de liberté doit perpétuellement être repensée. (...) De nos jours, chacun de nous condamne l'intolérance de Calvin, et nous sommes frappés de stupeur de voir brûler un homme jusqu'aux cendres pour une question de religion, mais nous n'hésitons pas à réduire des villes entières en poussière pour le salut de notre civilisation !"

 

Joseph Audemars, extrait de "La souveraineté de Dieu dans l'Institution chrétienne de Calvin", thèse de théologie, Weber, Genève, 1898

"Calvin ne comprend pas Saint-Paul, c'est pour cela qu'il ne donne pas à Jésus la place qui devrait être la sienne, et c'est pour cela aussi que l'Institution nous présente un Dieu qui nous effraie dans sa souveraineté, parce que celle-ci, à l'égard de l'homme, ne repose pas sur sa paternité.
Calvin, en anéantissant la personnalité humaine, fait de l'homme une chose et non pas un être qui soit de la race de Dieu. Il établit ainsi entre Dieu et l'homme le même rapport qu'entre le Créateur et l'animal, la plante ou le minéral qu'il a créés, soit un rapport physique, mais non pas celui de l'Etre vivant par excellence à un être vivant. Il détruit le seul rapport normal entre Dieu et l'homme, c'est-à-dire un rapport moral, de personne à personne, de la Personne créatrice à la personne créée, de Père à fils, seule base d'une foi féconde."
 

Eugène Choisy, Pasteur de l'Eglise de Genève, extrait de "La théocratie à Genève au temps de Calvin", Fick, Genève, 1897

"Il y avait incompatibilité évidente entre deux hommes dont l'un se plaçait au point de vue des droits de l'homme et l'autre au point de vue des droits de Dieu. (...)

Il s'agissait de savoir ce qui constituait l'essence de la foi réformée, l'unité ou la liberté. Le choix de Calvin et de Castellion était présupposé d'avance dans une conception différente de la foi religieuse. Pour Calvin la foi est avant tout soumission à l'autorité de Dieu, acceptation de sa révélation doctrinale et obéissance à ses ordonnances morales vivifiées par la confiance du coeur. Pour Castellion la foi est un sentiment de coeur, une attitude de la volonté, donc une expérience, avant d'être une persuasion, elle n'est en aucune manière une soumission intellectuelle."